Interview de Pierre Feuga

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Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mar 9 Oct 2012 - 16:00

■- Vous avez publié un certain nombre de livres sur le Yoga, le Vedânta et le Tantra. Quel lien faites-vous entre ces diverses traditions et de laquelle vous sentez-vous le plus proche ?


■J'ai le sentiment d’avoir toute ma vie cherché une seule et même chose mais je ne suis jamais arrivé à mettre un nom dessus, peut-être parce que cela n’a pas de nom. Enfant, c’était un pays imaginaire et idéal. Adolescent, j’appelais cela Beauté, Art ou Poésie. Plus tard, c’est devenu la non-dualité, l’Eveil, la Déesse… Mais sous les formes et les appellations variables c’est toujours identique. Maintenant, pour être plus précis, quand je suis entré dans un travail spirituel conscient, vers vingt ans, c’est vers le yoga et plutôt le hatha-yoga que je me suis tourné. Pendant quelques années j’ai pratiqué avec ardeur et même un certain acharnement les âsanas, le prânâyâma, etc. Tout ça est très classique… Puis, à la suite d’une crise profonde, j’ai rencontré Jean Klein. C’est lui qui m’a fait réaliser la vanité de ces approches volontaristes. J’ai compris que, comme il disait, « le mental ne peut jamais changer le mental ». Tant qu’on reste dans un cadre corporel et mental, même en se croyant engagé dans une quête spirituelle, on ne fait en réalité que bricoler, déplacer les problèmes, élargir sa prison qui reste toujours une prison. Le hatha-yoga est une discipline merveilleuse mais l’ennui, c’est qu’on y prend goût et qu’à force d’y chercher une illusoire perfection, on oublie l’essentiel. Cela je l’ai réalisé assez vite, grâce à Jean Klein, et même si, épisodiquement plus tard, des tentations disciplinaires et volontaristes sont revenues, je suis resté fidèle à l’approche non duelle… A l’époque, Jean Klein donnait essentiellement un enseignement vedantique, il se référait très rarement, du moins avec moi, au tantrisme du Cachemire. Cependant il m’a conseillé de lire le Vijnâna-Bhairava, dans la traduction de Lilian Silburn, une œuvre qui a mis longtemps à germer en moi mais qui, vingt ans plus tard, a bouleversé ma vie.


■Jean Klein reste donc pour vous la référence essentielle ? Vous considérez-vous comme un de ses continuateurs ?


■Je ne me pose pas la question. Si quelque chose de moi le prolonge, c’est sans le savoir et quiconque viendrait me voir pour retrouver Jean Klein serait déçu. J’ai eu la chance de travailler avec lui à une époque où il n’était pas encore très connu et toujours dans une relation particulière et directe. Songez que j’étais un tout jeune homme, passionné, bouillonnant, lui était un homme de soixante ans, dans une forme physique rayonnante, riche d’une expérience extraordinaire dans tous les domaines. J’étais impressionné, subjugué. Mais, au-delà de ces phénomènes de projection et d’idéalisation normaux, je crois qu’au fond nous avions une affinité subtile : est-ce au niveau de l’art, de la sensibilité, de la liberté, de l’aventure, du détachement ? Difficile à dire. En sa présence (et même en son absence, dès que je l’évoquais) je ressentais une vibration unique, ma vibration, et une saveur unique, mapropre saveur. Cela est du domaine du mystère et cela à mes yeux vaut toutes les initiations « régulières » dont les gens sont si avides… J’ai eu d’autres instructeurs, reçu d’autres influences mais ma rencontre avec Jean Klein garde une fraîcheur sans pareille.


■- Pourquoi l’avoir quitté alors ? Vous racontez dans le Chemin des flammes qu’après avoir suivi l’enseignement de Jean Klein pendant quelques années, vous avez brusquement tout plaqué, vie professionnelle et voie spirituelle, pour aller voyager, et qu’à votre retour, sept ou huit ans plus tard, vous n’avez quasiment jamais revu votre maître.


■Cela est vrai. Il y a que je cherchais la liberté, l’autonomie, que je ne voulais pas m’agréger dans des groupes, des chapelles, devenir le représentant officiel de tel ou tel gourou. C’est ma nature, peut-être une force ou une faiblesse, une humilité ou un orgueil ? Et puis il y a le karma familial. Mon père était un aventurier, une sorte de gentilhomme corsaire égaré dans notre siècle. Un de mes frères navigue depuis quarante ans. Toute ma jeunesse j’ai baigné dans un climat de voyage, d’exotisme, d’anticonformisme, voire de refus des lois. Chez nous défilaient des gens fort pittoresques, des anarchistes, des chercheurs d’or, des grands plumeurs de chimères… J’ai gardé une tendresse pour ce type d’individus (en voie de disparition, semble-t-il) et je regrette qu’il n’y en ait presque pas dans les milieux dits « spirituels » où les gens sont souvent d’un conformisme affligeant.


■Que vous ont appris ces grands voyages ? Y avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ?


■Non, bien sûr, on trouve toujours autre chose que ce qu’on cherchait. J’ai vérifié la parole tantrique : « Ce qui est ici est partout, ce qui n’est pas ici n’est nulle part. » Sur un plan ultime il ne sert à rien de voyager. La vérité, l’Eveil ne se trouve pas plus à Bénarès qu’à Levallois-Perret. Une HLM ou un ashram, c’est pareil. Mais je peux dire que je le savais dès le départ. Et donc je suis parti sans illusions et revenu de même. Mais entre-temps… c’est l’entre-temps qui compte, c’est le yoyage lui-même, non le but ou le prétexte du voyage… entre-temps donc j’ai amassé tant de lumière, mon âme s’est tant élargie, a tant vibré, que je ne regrette rien, je bénis cette longue période, même si elle a été parfois douloureuse.


■Douloureuse ?…


■Oui, je sais, cela peut paraître étonnant : de quoi se plaint ce type qui a passé sept ans de sa vie sur un beau voilier, dans les mers du Sud, pendant que nous, nous besognions dans des bureaux ou sur des tapis de yoga ?… Eh bien, d’abord, je crois que personne ne sait vraiment ce qu’est la solitude tant qu’il n’a pas mené la vie de marin. C’est le symbole le plus parfait de la quête spirituelle : une errance qui n’a plus vraiment de but, des arrachements sans fin, des attachements impossibles et en même temps inévitables, une liberté extraordinaire aux yeux des terriens mais illusoire aussi parce que vous êtes avant tout soumis aux éléments, à la mer… et, tant pis pour le mauvais jeu de mots, à la Mère, à la Shakti toute puissante qui se joue de vous de vague en vague. Cela est initiatique parce que vous ne pouvez rien si vous ne vous soumettez pas d’abord à cette Force qui vous dépasse. Pour aller contre le vent vous vous aidez du vent. Vous devez être très humble et aimer cette puissance, même quand elle vous est hostile. Sinon vous faites comme ce Roi des Perses qui fit fouetter la mer par ses soldats : cela ne lui a pas porté chance, la mer est toujours la plus forte.


■C’est donc, d’une certaine manière, l’expérience du voyage et de la mer qui vous a amené au Tantra ?


■Au Tantra vécu en tout cas. Auparavant ma connaissance n’était que théorique et livresque. Mais il y a eu aussi la rencontre avec la féminité dès mon premier voyage en Asie du Sud-est, avant cette longue croisière. Je n’ai pas choisi le tantrisme, c’est lui qui m’a saisi, possédé. A travers des lieux, des paysages, à travers la Nature, et aussi à travers des femmes avec qui je n’avais pas forcément des relations intimes mais dont il me semblait capter l’essence, le parfum, le rythme, la vibration, l’énergie en un mot. C’était une imprégnation quasi magique, fascinante et parfois dangereuse. Je crois que je suis devenu, par mes voies sauvages, anarchiques, intuitives, ce qu’on appelle en Inde un shâkta, un servant et un adorateur de la Déesse. Cela partait du cœur et embrasait tout mon être, me soulevait entre la terreur et la joie, cette intensité est pratiquement impossible à décrire, sauf peut-être dans des poèmes ou des contes si j’y parviens un jour. Comme les gens ne savant pas du tout ce que c’est, comme très peu –même parmi les prétendus spécialistes – en ont vraiment une expérience directe, ils rattachent cela à la sexualité et partent dans des délires ridicules qui rapportent d’ailleurs aux gourous d’opérette beaucoup d’argent.


■Vous ne croyez donc pas à tous ces cours de Tantra qu’on trouve maintenant à foison ? N’y a-t-il vraiment là rien d’intéressant ni d’authentique ?


■Je ne connais pas tout ce qui se passe ou se fait dans ce domaine. Il y a peut-être des gens très bien qui pratiquent dans la discrétion. Mais les gourous à la mode, oui, j’ai du mal à les prendre au sérieux. Le peu de « tantrikas » avec qui j’ai été en contact en Europe ou en Amérique m’ont paru peu convaincants et, pour certains, franchement grotesques. Généralement ils – ou elles – sont d’une ignorance crasse par rapport aux textes, à la tradition écrite. Mais ils s’en justifient en disant que dans le Tantra seule l’expérience vivante importe. Je veux bien mais peut-on expérimenter pour le plaisir d’expérimenter et, si on le fait, jusqu’à quel point a-t-on le droit d’entraîner les autres, de leur imposer ses propres fantasmes ? Il y a tant de déséquilibrés dans ces milieux, de naïfs et de paumés qui s’imaginent pouvoir régler leurs problèmes sexuels ou psychologiques à travers le Tantra ! Je suis le contraire d’un puritain. Que chacun vive ses désirs comme il veut ou comme il peut mais ce n’est pas la peine de camoufler tout ça sous un jargon sacré. Pas la peine d’en appeler au Cachemire pour de banals massages ou de molles papouilles. Pas la peine d’appeler Arlette Râdhâ ou Marcel Shiva. Trouver un bon partenaire tantrique est extraordinairement difficile. Et même, si vous l’avez trouvé, ça ne suffit pas. Pour dépasser la dualité, il faut être trois, et ce troisième n’est pas humain : c’est la Déesse. Si la Déesse ne leur accorde pas sa grâce, même un homme et une femme qui s’entendent parfaitement ne peuvent rien. Mais même ça j’hésite à le dire. Car les guignols en question se réfèrent eux aussi à la Déesse. Nous n’avons pas dû être branchés sur la même.


■Je suppose alors que vous ne croyez pas davantage au kundalini-yoga ?


■Mais si, j’y crois. Je crois en la réalité, en l’authenticité de toutes ces choses : voie de la main gauche, maithuna, kundalini, etc. Ce dont je doute, c’est de la possibilité de les pratiquer et de les vivre dans notre monde moderne hypermentalisé, tellement « informé », fait d’avidité, d’agressivité, de compétition, où la spiritualité n’est plus qu’une marchandise comme une autre. Même en Inde, cela est devenu problématique. Il y a trente ans de cela un de mes amis, passant dans une région de l’Inde très peu fréquenté des touristes, fut l’hôte d’un vieux maharaja qui vivait quasiment seul dans un palais délabré. Son fils était parti à la ville et ne s’intéressait qu’au rock’n roll. Le vieux possédait une extraordinaire bibliothèque de livres tantriques à moitiés rongés par les rats ou moisis. La tradition dont il était dépositaire était très spécifique, originale, basée sur une science opérative des couleurs. Mon ami, qui était un esprit ouvert et curieux, manifesta le désir d’être initié à cette tradition. « Fort bien, lui dit le vieux prince, mais combien de temps pouvez-vous rester auprès de moi pour que je vous l’enseigne ? – Oh, je ne sais pas, répondit légèrement mon ami, j’ai tout mon temps, je ne suis pas pressé. – C’est-à-dire ? – Bah… Deux mois, même trois mois, j’ai obtenu de longues vacances. – Vous n’y êtes pas, soupira le vieux. Si vous n’êtes pas prêt à rester vingt ans, c’est inutile. » Il mourut d’ailleurs peu après.


■Vous faites d’assez fréquentes allusions aux traditions chinoises, notamment le taoïsme et le chan. Vous ont-elles apporté quelque chose de plus ou de différent du tantrisme hindou ?


■L’Inde et la Chine m’ont toujours fasciné à parts presque égales, ce qui est, je crois, relativement rare car on a l’habitude de souligner plutôt les antagonismes entre ces deux civilisations. Moi je me sens bien dans les deux et je les vois plutôt complémentaires, comme yin et yang : autrement dit il y a un « point de Chine » dans la moitié du cercle hindou et un « point de l’Inde » dans la moitié chinoise. Les Indiens ne sont pas aussi exclusivement contemplatifs, mystiques, amoureux de la permanence qu’on le prétend souvent et les Chinois ne sont pas aussi activistes, pratiques, terre à terre qu’on veut bien le dire. En tout cas, dans les « arts martiaux internes », comme le Tai ji quan et d’autres, je trouve une subtilité, une profondeur, une saveur équivalentes à celles du yoga tantrique, quoique les formes paraissent très différentes. Passer d’une discipline à l’autre, les fondre sans les confondre, c’est pour moi un bonheur toujours renouvelé.


■Pour le stage que vous nous proposez en été, vous avez choisi cette appellation : « Plénitude et vacuité dans l’advaita-yoga ». Pouvez-vous un peu préciser ces termes ?



Je reconnais qu’ils frôlent le paradoxe. On associe souvent la plénitude à l’expérience védique, à la sensibilité upanishadique : ce monde est « plein », plein de divin, saturé d’être, de conscience, de béatitude. D’un autre côté la notion de vide, de vacuité n’est pas étrangère à l’Inde, on la trouve bien sûr dans le shivaïsme du Cachemire mais aussi, en filigrane, dans la Mândûkya-upanishad et la Kârikâ de Gaudapâda (deux textes chers à mon cœur), en relation avec une approche négative, « apophatique » comme disent les savants, du Réel (ne jamais dire ce qu’est le Réel mais dire ce qu’il n’est pas). Pourtant, plus généralement, on associe le vide ou la vacuité au bouddhisme Mahâyâna. Je n’ai pas la prétention, dans ce stage, de réconcilier deux « frères ennemis » que seraient le Vedânta et le bouddhisme à travers les noces de la plénitude et de la vacuité. Mais enfin, c’est pour moi une manière de rendre hommage à deux traditions qui m’ont également nourri. Quant à parler d’un « yoga non duel ou non dualiste » (advaita-yoga), c’est encore un paradoxe pour la bonne cause, puisque le yoga classique repose sur un dualisme de base emprunté au Sâmkhya (Purusha et Prakriti, l’Esprit et la Nature), même s’il se donne pour but de le dépasser. Or, dès le départ, ainsi que me l’a enseigné Jean Klein, la perspective non duelle doit être affirmée, elle ne doit pas être située dans un « ailleurs », dans un « après », elle ne doit pas être conçue comme un « idéal ». Ce n’est pas un simple point de philosophie, cela change complètement l’esprit de la pratique ( même corporelle ou respiratoire) par rapport au yoga de Patanjali ou d’autres, où tout est savamment construit, organisé, hiérarchisé, où l’on est toujours dans la progression, l’effort, l’évolution. Dans l’advaita pas de progression, pas d’évolution, pas d’effort. Tout ce qui apparaît dans l’instant est forcément parfait, est déjà réalisé. Si ce n’est pas ici, ce n’est nulle part. Si ce n’est pas maintenant, ce ne sera jamais…





- Dans notre premier entretien vous avez évoqué des thèmes tels que la non-dualité, la vacuité, la plénitude, la shakti, l’Eveil. Ces mots ont un fort pouvoir d’attraction mais leur sens n’est pas forcément clair pour tout le monde. Pouvez-vous nous apporter quelques précisions ?



- Clarté… précision… Je crois en effet qu’il faut tendre vers cela, mais sans illusions excessives. Vous savez, à part Jean Klein, l’homme dont la pensée m’a le plus influencé et formé est René Guénon, que quelqu’un a appelé, avec un peu de malice, le « Descartes de l’ésotérisme » (en fait Guénon détestait le rationalisme de Descartes). J’ai une très grande admiration pour l’œuvre de Guénon, aucun Occidental n’a poussé plus loin la rigueur intellectuelle, la probité, la capacité de discernement. Tous les gens qui s’intéressent, non seulement à l’hindouisme et au yoga mais à la spiritualité en général, devraient lire et relire ses livres. Surtout dans une époque de confusion et de mystification comme la nôtre. Dans mes propres ouvrages, à un niveau plus modeste, je m’efforce à la clarté ; et dans la vie, dans les rapports humains, je privilégie la simplicité, j’ai sans doute des défauts mais je ne joue pas un personnage, je ne me prends ni ne me prendrai jamais pour un gourou… Cela dit, pour en revenir à vos questions, je vois les limites de la clarté et de la précision. Les mots, même si vous les choisissez avec le maximum d’attention, sont toujours insatisfaisants et réducteurs. On ne peut pas tout dire et on ne peut pas tout comprendre avec les mots. Pour que l’intuition se libère, il faut du silence, du repos, un certain abandon de la parole. Prenons un exemple immédiat : pour notre stage d’été en Ardèche, j’ai annoncé qu’il serait souhaitable que chaque jour, peut-être une heure, ou un peu plus ou un peu moins, nous ayons un « entretien » (pardon pour le mot sanskrit satsang s’il vous paraît prétentieux). J’ai précisé « entretien verbal et plus que verbal ». Eh bien, d’après les premiers échos que j’ai reçus, ce « plus que verbal », pourtant bien innocent, aurait troublé certaines personnes. De grâce, qu’elles n’aillent pas imaginer je ne sais quels rituels ténébreux ou télépathie mystique ! Ce que je voulais simplement dire, c’est ceci : un échange spirituel, pour être fructueux, ne doit pas rester au niveau verbal, discursif, analytique, rationnel. Il faut que votre question émane de votre être profond, qu’elle ne soit pas juste pour vous informer ou vous mettre en valeur. Sinon vous obtiendrez une réponse du même niveau, qui ne sera utile ni à vous ni au groupe.



- Autrement dit, vous ne souhaitez pas qu’on vous pose des questions d’ordre culturel ?



- Il y a un temps pour tout. J’ai écrit des livres théoriques sur le tantrisme, le vedânta, le yoga et il en existe beaucoup d’autres. Je regrette la paresse intellectuelle qu’on observe chez beaucoup d’aspirants qui, par ailleurs, mettent la barre très haut et vous parlent dès la première rencontre d’Eveil, de samâdhi, etc. Ils veulent tout de suite la médaille sans faire la course ! Moi je ne suis pas « anti-intellectuel », j’invite les gens à lire de bons livres, à étudier les textes sacrés, à ne pas croire qu’on connaît le yoga parce qu’on sait faire la Chandelle et bhastrikâ. Lisez les upanishads, Gaudapâda, Shankara, Abhinavagupta ou, dans d’autres traditions, Nâgarjuna, Lin-tsi, Ibn Arabî, Maître Eckhart. Tous ces maîtres pointent dans la même direction, vers le « non-duel »… Voilà, ça c’est le temps de l’étude, de la théorie, de la doctrine : c’est excellent. Mais quand vous pratiquez (et le dialogue que nous aurons sera une pratique à part entière), oubliez vos références culturelles. Ne posez pas des questions dont vous pourriez trouver la réponse dans un dictionnaire ou sur Internet. Soyez spontané sans chercher à l’être, soyez vous-même. Que notre échange ne soit pas de mental à mental ou d’ego à d’ego mais, si possible, de cœur à cœur. Et je ne mets pas de pathos dans le mot « cœur » : je pense à l’« œil du cœur », à l’intelligence directe du cœur… Tout cela étant dit, je ne me dérobe pas à vos questions : on va essayer de remettre des mots, une petite couche de peinture !



- La non-dualité ?



- Par advaita, il faut entendre : ni un ni deux. La non-dualité n’est évidemment pas la dualité, ce n’est pas 2, mais ce n’est pas non plus l’unité, ni encore moins l’amalgame. Il y a tant d’équivoques à ce propos ! Beaucoup de gens, même en Inde, conçoivent la non-dualité comme une sorte de magma indistinct, où n’importe quoi vaudrait tout et tout n’importe quoi. Cela va dans le sens confusionniste de notre époque et donc il est à craindre que l’advaita ne soit bientôt récupéré, comme l’a été le Tantra, récupéré, caricaturé, dénaturé. Avec certains gourous, américains entre autres, c’est en bonne marche. Tout le monde sera non-dualiste mais certains seront un peu plus non-dualistes que les autres : les gourous en question qui, au nom de la non-dualité, vous plumeront généreusement ou vous mettront dans leur plumard, selon la tendance dominante de leur non-dualité, mais d’ailleurs l’une n’empêche pas l’autre. Par conséquent, qu’un maître se présente à vous en tant que « non-dualiste » n’est pas du tout une garantie de compétence et de pureté. Il vaut encore mieux un honnête dualiste sans prétention qu’un faux non-dualiste malhonnête.



- Et un vrai non-dualiste honnête ?



- Il en existe bien sûr mais pas tant que ça. L’heure des Ramana Maharshi est révolue… Parfois l’enseignement est bon, juste, rigoureux, convaincant. Mais quand on approche la personne, qu’on la voit évoluer dans le quotidien, il arrive qu’on déchante, qu’on tombe même de très haut. C’est le grand problème de la spiritualité et de la morale. Il s’agit de deux choses différentes et cette distinction arrange bien certains soi-disant gourous. C’est vrai : un homme peut être un alcoolique, un débauché, un assassin et atteindre un haut niveau de conscience. Il pourra vous apprendre davantage qu’un autre dont la vertu est irréprochable. Mais l’idéal est tout de même de rencontrer un être qui, comme vous dites, soit à la fois « réalisé » et « honnête » : le mot est un peu plat, disons dépourvu d’esprit de pouvoir et de possession. Ce sont pour moi les seuls critères éthiques. Je suis tolérant ou indifférent envers bien des faiblesses humaines mais je n’aime pas ceux qui exploitent les autres, financièrement, psychiquement ou sexuellement. Tout en sachant qu’ils ne sont pas seuls coupables car on dirait que certaines personnes ne demandent qu’à être exploitées, recherchent avidement la soumission. Sinon comment expliquer l’incroyable succès de tant de faux gourous et de charlatans ? C’est, dans un autre registre, comme les dictateurs : ils n’arrivent pas par hasard, ce sont les peuples qui les fabriquent.



- Vous voulez dire que dans ces déviations de l’enseignement la responsabilité entre le maître et les élèves est réciproque ?



- On le dirait. Certains élèves tirent le maître vers le bas. Bien sûr quand celui-ci n’est pas assez puissant pour les tirer vers le haut. La corruption est réciproque.



- Et la vacuité ? Ce mot est à la mode mais quel sens lui donnez-vous ?



- Ce n’est pas un concept, c’est une expérience. Avant de prendre une posture de yoga, soyez vide ; pendant la posture, soyez vide ; la posture finie, restez vide. A un niveau primaire, cela veut dire soyez détendu : les muscles, les articulations. Soyez détendu, tranquille, plein d’espace, sans souci du temps, de la durée. Mais bien sûr la vacuité est beaucoup plus que cela. Elle est dans l’esprit. C’est ne pas saisir, c’est ne pas vouloir saisir, mais il n’y a pas de volonté là-dedans au sens habituel. Vous ne faites rien pour saisir ou ne pas saisir. Par exemple vous voyez que le problème de la pensée est un faux problème. Il y a de faux maîtres de méditation qui vous disent : Ne pensez à rien. Alors forcément vous pensez à ne pas penser et c’est pire. En réalité, penser ou ne pas penser n’a aucune importance, c’est sans aucun rapport avec l’état méditatif. Dans votre espace, qui n’est ni permanent ni non-permanent (car permanence ou impermanence, ce sont encore des concepts à jeter à la poubelle)… dans cet espace sans contours donc, ça va penser ou ne pas penser, on s’en fout ! Il n’y a aucun obstacle, le seul obstacle c’est notre croyance obstinée qu’il doit y avoir des obstacles, nous nous fabriquons des obstacles, des difficultés, des épreuves, un scénario d’enfer et purement imaginaire.



- Et pourquoi ?



- Mais pour nous sentir exister. Notre seule vraie panique, c’est de ne plus exister. Nous préférons être torturés sur la roue plutôt que de réaliser que nous ne sommes rien, ou plutôt personne.



- A supposer que nous réalisions cette vacuité, comment peut-on, ou comment peut-elle, basculer ou se résorber dans la plénitude ?



- Notez que le basculement peut s’opérer dans les deux sens, et en un clin d’œil, parce qu’en réalité vacuité et plénitude sont une même chose… ou non-chose. Mais là encore méfions-nous des concepts : vacuité, plénitude. Si on pense et si on oppose ainsi, ou si on cherche un lien, une pseudo-synthèse, on est dans la dualité. Tout est piège et rien ne l’est. Vous dites : « réaliser le vide », mais très souvent il s’agit d’un faux vide, qu’on ne va pas tarder à remplir avec un nouvel objet. Le vrai vide est ce que la tradition chinoise appelle « vide de vide » : un vide qui a évacué la notion de vide elle-même, on est vide mais sans savoir qu’on est vide, on ne se pose plus la question et surtout on ne s’attache pas à ce vide obtenu, sinon ce vide redevient un « objet ». La plénitude, c’est pareil. Eprouvez-la dans votre corps, à certains instants de bonheur intense et tranquille. Comme certaines longues soirées de juin à la campagne. On n’a plus besoin de rien, on a le monde entier en soi. Le monde est plein, je suis plein du monde. C’est bouleversant, on a envie de pleurer et si on a envie on doit le faire. En pratique, le prânâyâma peut vous aider à approcher ces deux expériences de la vacuité et de la plénitude : à la fin de l’inspir et à la fin de l’expir, à condition que vous viviez cela avec une totale conscience. Mais la vie sans cesse nous offre des failles à travers lesquelles nous pouvons nous glisser ou nous engouffrer dans cette splendeur, la splendeur de la banalité…



- Cela nous amène à la Shakti peut-être: quel rôle joue-t-elle dans le travail que vous nous proposez ?



- Gardez-vous d’oublier la Shakti car sans elle aucune réalisation n’est possible. Dans beaucoup de légendes le héros délivre la princesse mais, chez nous, c’est la Dame qui délivre le guerrier. Certains sages disent : le monde est une illusion totale, Mâyâ . D’autres disent : le monde n’est pas une illusion, c’est une puissance, une énergie, Shakti . Les deux points de vue sont valables mais le second, qui est plus tantrique, me paraît plus dynamisant, plus adapté en tout cas aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui. Le problème cependant avec ceux qui découvrent cette Shakti est qu’ils veulent la contrôler, s’en rendre maîtres. C’est du « machisme spirituel » – bien que certaines femmes (à l’animus trop développé, comme disait ce bon vieux Jung) ne soient pas exemptes de cette soif de pouvoir, de ce besoin de contrôle. Alors les ennuis commencent : on croit pouvoir tout régler à coups de bandhas, mudras, mantras, jeûnes et autres trucs, on se vautre, on se roule dans l’énergie, et tôt ou tard c’est la faillite assurée. Car la Déesse est indomptable, et vindicative, sans pitié pour ceux qui prétendent la dominer sans en avoir l’envergure. Elle demande de l’amour, du respect, du doigté, de la douceur, je n’ai pas dit de la mièvrerie ou de la niaiserie. Il faut beaucoup d’humilité et de témérité à la fois pour suivre cette voie sans s’y perdre. Mais, selon moi, c’est la plus belle des voies.



- Peut-on l’enseigner ?



- Oui, mais par éclairs, pas d’une façon méthodique. En fait, les rares êtres faits pour cette voie se sentent entre eux, se reconnaissent intuitivement, ils n’ont pas besoin de se recruter par annonces. Le travail initiatique se fait tout seul. Dès que l’élève est branché là-dessus, dès qu’il a trouvé la bonne longueur d’ondes, le maître n’a plus grand-chose à faire. Juste un petit coup de pouce, un accompagnement. Après il se retire, le seul problème vient des maîtres qui restent, qui, comme disent les jeunes, « tapent l’incruste ».



- Ou des élèves qui s’attachent… ?



- Si le maître se retire, l’élève se détache : c’est un seul mouvement. C’est cela pour moi, la vraie initiation. La question des « lignées » est secondaire, presque « mondaine ».



- Pourtant vous vous référez à René Guénon qui attribuait la plus grande importance à la régularité de la transmission initiatique.



- Il avait raison dans l’absolu. Mais la plupart des gens aujourd’hui cherchent le rattachement à une « lignée » pour se rassurer ou se faire mousser. Il y a aussi, il y a toujours eu des transmissions informelles, irrégulières au sens strict. Bien sûr ce n’est pas facile en cette matière de discriminer le vrai du faux. Mais au point du kâli-yuga où nous en sommes, on ne peut guère se permettre de faire le difficile, il faut prendre des risques. Au final, la Shakti reconnaîtra les siens.



- Vous croyez donc au kâli-yuga, à une proche « fin des temps » ?



- Je ne cultive pas le style prophétique et apocalyptique. Mais comment ne pas sentir que nous vivons la fin d’un cycle important de l’humanité, la fin de la pensée hiérarchique, religieuse, traditionnelle ? Je ne crois pas du tout à un « retour du religieux » dans le monde, du moins sans bouleversement extrême qui rendrait ce monde méconnaissable. Ce à quoi nous assistons, ce n’est pas à un renouveau mais à une décomposition accélérée et qui va encore s’accélérer, il va falloir s’accrocher aux branches ou bien rester suprêmement froid, à vous de voir. Mais ce serait trop long et peu utile de développer cela. Et d’ailleurs, que la fin soit pour demain ou dans vingt ans, cela ne me rend ni pessimiste ni optimiste, cela ne m’enlève pas le goût de pratiquer, d’enseigner, d’écrire. Si je me suis incarné à cette époque, que par certains côtés j’abomine et que par d’autres côtés je trouve splendide, il doit bien y avoir une raison ou, s’il n’y en a aucune, c’est encore plus génial. Au moment où je vous parle, j’accepte le jeu et je le joue.



- Et l’Eveil alors ? Est-ce que ça serait ça pour vous, cette acceptation totale du « jeu » ?…C’est un sujet en tout cas qui vous est cher puisque vous publiez un nouveau livre où ce mot figure ?



- Oui, l’année dernière j’ai publié une traduction de la Mândûkya-upanishad et des kârikâs de Gaudapâda, de loin le meilleur livre, en tout cas le plus sérieux, le plus consciencieux que j’ai écrit, le seul qui m’évitera peut-être de me réincarner en mouette rieuse ou en prof de yoga à Hollywood. Mais, peut-être pour ces mêmes raisons, il n’a aucun succès, il parle de l’être, du non-être, du brahman absolu, du yoga sans contact : bref l’horreur !... Je ne sais pas si Pour l’Eveil sera lu davantage mais en tout cas c’est un livre nettement plus facile à lire avec ses 64 chapitres dont certains ne font que quelques lignes, c’est idéal pour le métro. J’en ai écrit la première version en 1989, à la campagne et en une semaine. C’est le plus « personnel » de tous mes livres, je veux dire dans le ton, car le thème est évidemment « impersonnel ». Ce livre était épuisé et j’ai imaginé de lui donner une suite, seize ans plus tard. Mais ce qui est venu, en une semaine aussi, m’a surpris moi-même. C’est la même chose, c’est la même expérience, mais c’est très différent, peut-être beaucoup plus violent ou plus cru. Je sens que dans certains milieux spiritualistes je vais être définitivement « grillé »…



- Vous aimez provoquer, polémiquer ?



- Par tempérament, pas du tout. Au plus profond je suis quelqu’un de très traditionnel, toujours au sens que René Guénon donnait à ce mot : c’est-à-dire que je ne suis pas socialement ou intellectuellement conformiste, conservateur, mais j’ai le respect, le goût, l’instinct du sacré, je ne supporte pas ce qui est inauthentique. Et à notre époque, celle de la Grande Parodie , quelqu’un comme moi n’est pas à la fête ! Alors je me bats avec mes armes, l’humour en fait partie, et il fait d’ailleurs partie de la tradition tantrique et alchimique, voyez Rabelais chez nous, du temps que les Français n’avaient pas la télé, aimaient rire, pas ricaner mais rire. La comédie humaine m’amuse encore et je ne crois pas être méchant. Je ne fais que dégonfler en passant quelques baudruches, qui se regonfleront d’ailleurs d’elles-mêmes, je n’égratigne que ceux qui se prennent trop au sérieux, qui « se la jouent » Tantra, advaita, zen, arts martiaux, etc., tous ceux qui prennent des airs supérieurs d’initiés… oui, avec ceux-là, je manque peut-être un peu de charité chrétienne. J’ai la compassion parfois un peu mordante. Le jour où je deviendrai tout miel, il faudra vous inquiéter.



- Revenons à ce livre…



- Il est simple et atrocement direct. C’est aux lecteurs maintenant de dire si quelque chose là-dedans les touche ou les laisse froids. Pour l’Eveil inaugure une collection d’ouvrages dont j’ai pris la responsabilité littéraire. Almora (c’est le nom de cette nouvelle maison d’édition) est né de ma rencontre avec un éditeur pratiquant le yoga. Nous allons essayer de faire du bon travail, de publier des livres à la fois originaux et rigoureux, ouverts sur toutes les traditions. Nous commençons par un carnet de voyages spirituel, 22 cartes d’Asie, dû à un ancien diplomate et grand poète, Georges Sédir ; aussi des nouvelles d’Ariane Buisset, la Poignée de riz du Bouddha . Suivront de très bons auteurs, Jean Papin, Eric Baret qui prépare un livre de première main sur l’enseignement technique de Jean Klein. Et d’autres livres encore avant la fin de l’année, plus, nous l’espérons, une collection de poche vouée à des rééditions de textes devenus introuvables. Tout cela, si la Déesse me prête vie, va m’occuper dans les années qui viennent.



- Après cet essai sur l’Eveil, avez-vous d’autres projets de livres ?



- Je voudrais écrire un roman, que je porte en moi depuis trop longtemps, la fin de la grossesse devient difficile ! Je ne dirai pas un « roman initiatique » car on abuse énormément de cette expression aujourd’hui. Et je ne veux pas non plus, comme font certains, présenter comme « authentique » un récit qui ne proviendrait que de mon imagination ou de références livresques piquées à droite et à gauche. En annonçant que c’est un roman je me sens plus libre, même pour transcrire certaines choses qui me sont réellement arrivées, mais le lecteur ne saura jamais lesquelles, à quoi ça lui servirait ? Il y a des moments où la fiction permet une expression plus complète, et finalement plus juste, de certaines réalités spirituelles que les traités didactiques. Ce roman sera nourri de mes voyages, tant extérieurs qu’intérieurs, il parlera, sans pesanteur j’espère, du tantrisme, de l’alchimie, du yoga, de l’Eveil. En ce qui concerne le tantrisme notamment je me démarquerai du discours hédoniste ambiant qui voudrait nous faire croire que dans cette voie on va de plaisir en plaisir, de papouille extatique en orgasme démultiplié, que « tout le monde il est beau tout le monde il est tantrique », alors qu’il peut s’agir d’une quête terrible et douloureuse, une « passion », presque au sens christique du terme. Mais me voilà trop grave. J’aimerais qu’on lise ce futur livre comme un roman d’aventures et que le sens plus profond, s’il y en a un, pénètre le lecteur comme à son insu… Mais cela nous éloigne du stage de cet été.



- Pas vraiment !



- Non, vous avez raison, pas vraiment. Cet été aussi, nous allons voyager. Et essayer d’écrire ensemble le premier chapitre d’un livre blanc.



Bibliographie

112 méditations tantriques, le Vijnâna-Bhairava (L’Originel)

Cinq visages de la Déesse (Le Mail)

Le bonheur est de ce monde (L’Originel)

Tantrisme (Dangles)

Le Yoga , avec Tara Michaël (Que sais-je ?

L’Art de la concentration (Albin Michel)

Le Chemin des flammes (Trigramme)

Comme un cercle de feu (L’Originel)

Pour l’Eveil (Almora)
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Kouen le Mar 9 Oct 2012 - 16:09


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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par gogo an le Mer 10 Oct 2012 - 6:58

merci pour le partage CDJ !
témoignage très intéressant , je ne connaissais pas Pierre Feuga !
son trajet et ses idées sont remarquables !
le personnage est plus qu'attachant !
j'aime beaucoup ...
Merci

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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mer 10 Oct 2012 - 10:59

Plaisir Sangohan ! sunny

Cet auteur m'a vraiment bcp touché... je n'ai pas les mots pour décrire ce que la simple lecture de certains passages de ses livres ont déclenché en moi... c'est un vrai alchimiste de l'écriture ! J'apprécie particulièrement son sens de l'auto-dérision, son intégrité ainsi que l'alliance improbable "légèreté-gravité" dans ses écrits.

Je recommande chaleureusement la lectutre de ses livres ! Rose
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par tijani le Mer 10 Oct 2012 - 12:43

en gros il n'a de considération que pour les traditions authentiques et se méfient de leurs ramifications ( ce qui me conforte dans ma conviction ) , dommage qu'il ne s'est pas abandonné totalement a une de ses voies , peut être a cause d'une fâcheuse manie de vouloir contrôler son propre cheminement ...

quand on s'engage dans l'immensité de l’océan , il y a toujours une part de doute et d'incertitude , seul la foi et une mise en confiance sincère permet de continuer le chemin ....
après avoir connu un tel chemin de vie , dur dur d' en ressortir avec plus de questionnement et aussi beaucoup de doute perceptible ......

sinon j'aime bien ce qu'il dit sur René Guenon ...

et son message est a diffuser sans modération ; histoire de stopper les dégâts provoquées par les fast food spirituels et les supermarchés de l’ésotérisme qui sévissent en Europe...
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mer 10 Oct 2012 - 17:45

tijani a écrit:en gros il n'a de considération que pour les traditions authentiques et se méfient de leurs ramifications ( ce qui me conforte dans ma conviction )

Oui, il se méfie de ceux qui mélangent tout sans avoir rien approfondi et il a bien raison ! Cependant, il se méfie tout autant de ceux qui se cramponnent aux étiquettes et aux pratiques formelles et volontaristes sans s'abandonner au souffle sans forme ni nom qui anime toute chose... les ultra-traditionnalistes quoi. Si il a bcp apprécié Guénon dans la généralité de son oeuvre, il l'a aussi bcp critiqué sur ce point.

tijani a écrit:dommage qu'il ne s'est pas abandonné totalement a une de ses voies , peut être a cause d'une fâcheuse manie de vouloir contrôler son propre cheminement ...)

Il s'est engagé et s'est abandonné de tout son être à la grande aventure de la vie en laissant derrière lui les étiquettes et la diversité des écoles. A côté de ça, il a pratiqué avec assiduité le yoga et le tai-chi et a également enseigné ces deux disciplines de façon strictement traditionnelle (parce qu'il ne les a jamais mélangée).

tijani a écrit:et son message est a diffuser sans modération ; histoire de stopper les dégâts provoquées par les fast food spirituels et les supermarchés de l’ésotérisme qui sévissent en Europe...

Très juste ! D'autant plus qu'ayant fréquenté toutes sortes de milieux et étant d'une grande lucidité, i saura aider bcp d'occidentaux à ne pas se faire une soupe ésotérique indigeste voir empoisonnée et donnera également de sérieux critères pour reconnaître les "petits maîtres" qui font dans la bouffe spirituelle d'industrie !
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mer 10 Oct 2012 - 17:45

@Tijani

Chouette ton nouvel avatar au fait frérot ! sunny serait-ce Sidi Ahmed Tijani?
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Kouen le Mer 10 Oct 2012 - 17:47

Sage

En tout cas...ils se ressemblent bien..!!




( bof..moi j'aime pas tellement...!! )
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par tijani le Mer 10 Oct 2012 - 18:10

Cobra-de-jade a écrit:@Tijani

Chouette ton nouvel avatar au fait frérot ! sunny serait-ce Sidi Ahmed Tijani?

avec celui ci ; c'est son portrait , on dit qu'il interdisait de reproduire son portrait , ceux ci seraient fait à son insu ...




Kouen ; c'est la photo de son 2eme petit fils , la photographie n'existait pas du temps de sidi Ahmed Tijani , cependant les tijani africains le prenne pour le Maitre , car ils n'ont connu que son petit fils ; c'est lui qui convertissa toute l'afrique subsaharienne ...

qu'est ce que t'aime pas tellement ?
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mer 10 Oct 2012 - 18:12

J'aime bcp ce qui se dégage de ce portrait...... Rose
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par tijani le Mer 10 Oct 2012 - 18:13

MERCI Cobra de JADE ... Love Panel
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Cobra-de-jade le Mer 10 Oct 2012 - 18:15

.......... Ver Fleur Wet Kiss
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Re: Interview de Pierre Feuga

Message par Kouen le Mer 10 Oct 2012 - 18:29

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Re: Interview de Pierre Feuga

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