La couture du kesa

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La couture du kesa

Message par Dagda le Dim 6 Mai 2012 - 18:46

Rappel du premier message :

La tradition bouddhiste affirme qu'après son éveil, le bouddha aurait décidé de se faire un vêtement correspondant à son statut de renonçant. Il se serait rendu sur le lieu des crémations et aurait récupéré de vieux morceaux de linceuls. Il les a lavés, teint et cousu ensemble. Ainsi serait apparu le premier kesa.

Par la suite, y a une histoire que j'ai pas envie de mémoriser parce qu'elle me parle pas (mais vous pourrez sans problème trouver sur le net si ça vous intéresse) mais un notable demanda au Bouddha de créer un vêtement spécifique pour que ces disciples soient facilement reconnaissables. C'est ainsi que naquit la tradition du kesa, tradition qui se perpétue de nos jours, bien qu'elle soit surement plus présente dans certains courants que dans d'autres...

Les premiers kesa furent cousus avec des débris de tissus déclassés, salis, impurs. Une fois lavés et teints ils peuvent être cousus. (des pioù comme on dit chez moi Laughing) Au japon on dit même "kesa funzo-e" qui signifie vêtement excrément. Donc vraiment les débris de m... Très tôt également les kesas ont été fait avec du tissu neuf. Chaque moine possédait donc (et le cousait si il le pouvait) son propre kesa symbole de son appartenance au Sangha (communauté bouddhiste)

La fabrication d'un kesa est très codifié. Le modèle est toujours le même. Ses dimensions correspondent à des rapports de tailles concernant le corps humain, et en particulier le bras et la main. Ce dernier détail n'est pas sans importance: lorsqu'il est porté, le kesa laisse l'épaule droite nue, permettant ainsi d'agir. Et pour ne pas que le kesa tombe, le bras gauche doit être un minimum fléchit: il n'est pas possible de rester les bras ballants lorsque l'on porte un kesa. Donc il y a clairement une symbolique autour de l'action, sous entendue l'action désintéressée pour servir tout les êtres. Il n'y est ni plus ni moins question de compassion, et de compassion qui doit être vécue, pas seulement le joli concept.

Alors la symbolique du kesa comme j'ai souvent entendu, c'est que la pire des personnes peut devenir Bouddha grâce à la pratique. J'ai une autre interprétation. En imaginant que le kesa représente notre vie, notre pratique, ça signifierais que même les pensées, les actes ou les projets les plus malsains que peut contenir notre vie, par la pratique spirituelle, peuvent être sublimés pour devenir une partie intégrante de notre chemin vers notre nature essentielle. Le ramassis de chiffons pourris peut devenir un kesa, les plus sombres aspects de notre vie peuvent composer la Voie.


Jusque là c'était plutôt généraliste. Ce que je vais dire maintenant concerne surtout le Zen, peut être d'autres branches aussi mais j'en sais pas plus...

Dans la tradition Zen, il y a deux ordinations, l'ordination laïque et l'ordination monacale. Lors de l'ordination monacale, le nouveau moine "reçoit" (même si c'est lui qui les a cousus et en général c'est le cas) 3 kesas: le kesa de pratique à 7 bandes, le kesa de cérémonie à 9 bandes, et un mini kesa à 5 bandes appelé "rakusu" qui se porte pendant le samu (travail manuel) ou dans la vie quotidienne sous les vêtements. C'est aussi le kesa qu'on emporte en voyage.

Lors de l'ordination laïque, on reçoit seulement un rakusu.

Il faut en prendre soin et ne pas le négliger, il symbolise la pratique du Zen. Chez soi on le met sur un petit autel. Il est sensé renforcer notre pratique et nous protéger. Bien que dans le Zen on ne se préoccupe pas des mérites accumulés par les actes méritants (en fait ces mérites sont dédiés à tout les êtres) il est dit que de coudre, porter et même voir un rakusu apporte des mérites. Offrir un rakusu/kesa aussi est méritoire, et c'est le don considéré comme le plus haut. D'ailleurs lorsque qu'un patriarche allait mourir il confiait son kesa à son successeur. Le kesa du bouddha se serait transmis ainsi sur plusieurs générations de patriarches jusqu'à tomber en poussière! Mais il ne faut pas non plus être fétichiste! C'est un symbole très important mais ce n'est qu'un symbole! Il faut s'attacher à ce qu'il représente mais surtout pas au rakusu!

Bref!

Quand on veut se faire ordonner deux options: soit on achète un rakusu parce qu'on ne parvient pas à le coudre soi-même ou qu'on est pressé (cette option n'est pas valable pour l'ordination de moine, si t'es pressé pas d'ordination) soit on le couds soi-même. Le coudre soi-même est vivement recommandé. Et c'est à partir de ce moment là que ça se corse...

Un rakusu ça ressemble à ça:



Voici l'envers:



Sur l'envers il y a un rectangle de soie sur lequel sont calligraphiés en principe le nom de la personne ordonné, de celle qui ordonne, la date, le lieu, le nom bouddhiste de la personne ordonnée, et un poème.
Le tout se range dans une petite pochette qu'il faut aussi coudre:



Souvent les rakusus sont noirs car c'est la couleur du débutant. Dogen le patriarche japonais le plus important pratiquais zazen avec un kesa noir pour rappeler l'importance de "l'esprit du débutant".

C'est tout un programme. Suspect

Non parce déjà moi j'ai vraiment LE profil du couturier. Déjà de par mes connaissances du sujet (y a pas une histoire d'aiguille ou de fil non?) et j'ai bien sûr l'avantage de mes petits doigts de fée... Les doigts dont je me sert d'habitude pour broyer, couper, débroussailler, débarder, arracher, pousser, tirer, casser... Bref la couture est une seconde nature chez moi... (ironie? qui a dit ironie?) En plus d'après ma voisine ça tient plus de la broderie que de la couture... (comprendre: c'est plus chiant encore que la couture)

En plus j'ai aucun à priori pour la couture, mais le coup du rakusu là, ça fais un peu la corvée administrative à remplir façon Zen...

"-T'as mis combien de temps à le coudre toi ton rakusu?
-Moi? Un peu moins d'un an je crois..."

Merde ça commences mal... affraid

Alors déjà on peut oublier de suite de coudre le torchon tout seul! Niet! C'est juste pas possible!

"-Ha non non non, tu vas avoir besoin d'un coup de main!!
-Ha bon t'es sûr?
-Ha oui! Y a un point spécial en plus.
-Ha bon... Un coup de main d'accord, mais de qui?
-Euh je sais pas... demandes à un tel ou une telle..."

Sauf que "un tel" pratique dans un dojo situé à une heure de route, et "une telle" est à une heure et demi... Sad (1)

"-Mais toi t'as fait ton rakusu non?
-Ha oui mais ça fait un bail!
-Tu te souviens pas?
-Ben y a une disposition spéciale des pièces... et puis le cadre pffffiiou c'était chiant!
-Et les petits carrés! C'est avec les petits carrés que je me suis le plus galéré!
- Ha Ok... ^^' "

Crying or Very sad

"Non mais tu vas voir un tel vas te procurer un kit rakusu..."

Et c'est comme ça que tu te retrouves avec une petite pochette contenant une quinzaine de morceau de tissu numérotés...

"Faut que tu t'entraînes, fait des lignes. Si le rakusu n'est pas assez correctement réalisé il peut être refusé et tu ne sera pas ordonné..." Zinzin (2)

Et c'est parti pour le pire exercice qui existe au monde: faire des lignes! Comme pour apprendre à écrire. Ou comme les punitions, ça dépend de ton style de scolarité lol! C'est long, chiant, et ça sert à rien, car même si tu fais une super ligne de la mort, de toutes façon elle est sur un bout de tissu sans aucune importance! Le point doit être bien régulier. Régulier mais pas parfait parce que le Zen est une discipline vivante et qu'on ne cherche pas à remplacer des machines. Les points doivent être suffisamment espacés mais pas trop. Le plus petit possible mais bien visibles. En oblique. Alignés. L'envers doit former une belle ligne... Dur... Surtout qu'en cas de déconcentration, le ligne à tendance à partir en vrac... On dit que le point réalisé sur le rakusu représente la pratique du futur ordonné.

Une fois que t'es un peu aguerri, il faut commencer à assembler les morceaux. Ca par contre c'est super simple: la pièce A1 chevauche la pièce B1, puis l'ensemble A1B1 chevauche l'ensemble A2B2, mais faut pas oublier que c'est B2 qui chevauche A2... A moins que se soit A2 qui chevauche B2? Comment c'est déjà avec A3 et B3? Et C1D1 il est sur le bord non? La marge de 1 cm c'est sur la pièce qui chevauche ou c'est sur la pièce qui est chevauchée? Parce que sur l'autre c'est 3,5 cm faut pas se tromper! Attends je vérifie... Fais voir ton rakusu toi? Non c'est le carré à découper pour les petits carrés et ça c'est la pièce soto... C'est le cadre ou une bretelle celui la?

Non c'est super simple en fait. lol frappe

Une fois (à peu près?) sûr de toi, tu commences la couture à proprement parler. Alors bien sûr ça devenait correct sur le bout de tissu qui servait à s'exercer, et c'est donc tout naturellement que tu découvre qu'en fait là vas y avoir deux épaisseurs de tissu au lieu d'une... Et du coup t'es moins à l'aise! (3) Alors les lignes ne sont pas aussi réussies. Et c'est énervaaannnt!!!!

Enfin bon! En se reprenant patiemment on arrive à coudre les bandes. Chic! Maintenant faut les assembler entre elles... (reugneugneuhA2B2grneuA1B1grgrgneuhjepoussetutiregneugrlamargeagauchegngr...)
Et ça recoud... Avec encore plus d'épaisseurs...

Et là, c'est l'accident. Tu as presque fini ta ligne. Déjà que le dernier morceau que t'as assemblé n'est pas tout à fait droit... Enfin bon ça vas le faire hein! Vont pas faire ch***! Et juste à la fin tu te rends compte... Que l'avant avant avant dernier point à sauté! Et t'as déjà coupé le fil... Oups... Meerrddeeee!!! Bon hé! C'est pas grave hein! Ho hé hein! J'y ai déjà passé deux heures aujourd'hui en plus de mon taf, je veut aller me coucher, j'en ai marre, de toutes façons la couture ça me saoule. Et puis ils feront avec ils vont pas faire ch*** hein!!

Et tu vas te coucher...

Et là tu prend doucement conscience... non ça passera pas. C'est sûr ça passera pas. Et si tu continues t'aura encore plus à refaire... Oui mais tu t'es tellement fais chier... Non je ne déferrais pas!! Pourtant c'est pas bon... Je m'en fout, je m'en fout, je m'en fout!!! Ouais mais c'est pas bon... La merde!!!! Qu'ils se le mettent ou je pense ce foutu rakusu pourri!! C'est pas bon... Arrggghh!!! J'en ai marre!!! Ordination de m**** b***** de couture de m**** J'en ai plein le c** Qu'ils aient tous se faire f*****!!!

La nuit qui suit est assez difficile Laughing

Le lendemain c'est avec une motivation de zombie que tu défait les points, et que tu te résignes la mort dans l'âme à RECOMMENCER!!! (4)

Misère... pale

En ce qui me concerne j'ai eu un sacré coup de main pour la pose du cadre. Et quand j'ai récupéré mon rakusu, il me restait plus qu'à attaquer les plus longues lignes... Ca me dégoutait presque...

T'attends 2 jours... Et tu te dit faut que je continues, mais comment continuer sans se prendre la tête? Tu décides de faire de ton mieux malgré le temps que ça prendras. La première ligne est très lente mais elle est correcte. La deuxième ligne est de qualité identique mais ça t'as pris moins de temps. La troisième tu te rends compte que t'as pris le coup. Et ça commences presque à être plaisant. Tu commences à comprendre ce qu'est la pratique de la couture, les points s'enchaînent les uns après les autres comme les pensées dans ta tête ou les événements dans ta vie... Jamais tout à fait parfaits, parfois un peu bancals même, mais chaque fois tu as fait de ton mieux. Oui la couture peut être méditative. (5)

Un petit détail d'un coin de rakusu pour vous donner une idée de ce que ça donne. Ces foutus carrés comportent les 14 épaisseurs en question, ils ne mesurent que 2,5 cm de côté, et sans compter la préparation ni la mise en place, il y en a pour une heure, une heure et demi de couture...



Une fois que t'as passé ce cap, ça se finit plutôt bien en fait. Tu te retrouves tout seul comme un gland sur la table de la pièce principale, à la lueur de la lampe de bureau que t'as fini par acheter exprès. Il est 2 heures du mat. T'as enfin cousu la deuxième bretelle et là... Shocked C'est génial t'as fini Very Happy C'est vraiment initiatique sans déconner Laughing

Après reste à le faire valider... Jusque là t'es pas tranquille tranquille. Et enfin la cérémonie d'ordination où tu reçoit enfin le rakusu calligraphié. Et là quand on le pend à ton cou ça représente quelque chose...

Bien sûr ce qui est valable pour la couture l'est pour tout les autres travaux manuels. C'est le type d'esprit qui doit être pratiqué pendant samu. (travail manuel désintéressé)

Et au final la couture... Ben j'ai fini par trouver ça sympa. Malgré le fait que j'ai un boulot de bourrin les 3/4 du temps, la couture ça le fait de temps en temps. J'ai par exemple cousu mon propre set de serviette traditionnel pour envelopper les bols (oryokis)



J'ai même fait un autre rakusu pour l'offrir (en fait c'est celui qui est en photo que j'ai tout fait moi même comment je me la pète mdr) Et je vais surement refaire sous peu des serviettes pour un autre pratiquant. Je ferais bien un kesa aussi. Y a plein de choses qui peuvent être cousues dans le Zen, kimonos, komolos, etc...

Comme quoi on se découvre des activités qui semblent pas forcément géniales d'un premier abord Laughing


**********


(1) Non mais en fait c'est cool car ça permet d'échanger avec de nouveaux pratiquants, de voir ce qui se fait dans les autres dojos... C'est sympa en fait.

(2) Ca ça peut sembler dégueulasse, parce que si vraiment la personne fait tout son possible, si ça convient pas et ben c'est refusé... Malheureusement c'est comme ça qu'on maintient ce genre de pratique à peu près préservé d'une génération à l'autre. Sans cette rigueur, ça fait longtemps que les kesas ne ressembleraient plus à rien...

C'est aussi pour ça qu'il faut régulièrement faire contrôler la progression de cette affaire par quelqu'un d'expérimenté... Sinon le jour où tu présente ton rakusu, en deux coup de ciseau on te défait la moitié du boulot... Et là c'est argghhh!!

(3) Et là ça vas, par certains endroits c'est 14 épaisseurs à traverser avec l'aiguille affraid

(4) Et en fait c'est assez génial ptdr! (genre le mec qui ouvre son bec parce qu'il a fini son rakusu) parce que dans le Zen on apprend pas forcément grand chose, mais on "désapprend" énormément. Défaire les mauvaises coutures, défaire les concepts erronés... C'est un peu la même idée, faut accepter de lâcher prise, ne pas avoir peur de se remettre en question, avoir le courage de recommencer...

(5) C'est un peu comme le mokugyo, le petit tambour de bois qui est frappé lors des cérémonies et qui rythme le sutra: Il faut le frapper avec la bonne force, pas trop fort, pas trop peu, pas trop vite, pas trop lentement. Le seul moyen de le frapper correctement est de lâcher prise et de faire de son mieux. Et si on se loupe de temps à autre, surtout ne pas dramatiser et aller de l'avant. (même si il y 30 personnes à chanter dans la salle ptdr, et dans une grande sesshin il me semble qu'il peut y avoir jusqu'à 200 personnes à induire en erreur en se trompant dans le rythme du mokugyo lol! Mais non c'est pas stressant...)


Dernière édition par Dagda le Mer 6 Juin 2012 - 20:37, édité 1 fois
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Re: La couture du kesa

Message par gogo an le Mar 31 Juil 2012 - 11:39

bonjour Dagda bonjour à tous
je re- commence ma réponse , je ne sais pas ce que j'ai fait pour la première , elle s'est perdue dans une autre dimension ...
en tout cas merci pour tes mots , tu expliques/ racontes très bien comment comprendre " gassho " et I shin den shin "mais surtout comment tu les vis , c'est vraiment réconfortant de te lire et de te comprendre ....
j'aime bien le coup de la fleur udumbura et des chaussures ... quand tu t'es penché le coeur est passé par dessus la tête et ....oui Lola 83 Sage , c'est juste une fleur mais encore fallait il la voir , s'effacer , s'oublier ...
c'est comme le darshan d'Amma ...pas de mots , de mon âme à ton âme !
de même , le gassho oublié dans le dojo , pris par le stress de la responsabilité , qui revient dans le kusen ...c'est super ! passé la susceptibilité ( on y a tous droit à un moment ou un autre ...) bel enseignement/illustration du karma ...l'enseignement dans le dojo est souvent comme ça , on passe d'un seul coup du commentaire d'un texte ésotérique d'un maître chan du VIII ème siècle à par exemple " les chaussures sont mal rangées à l'entrée du dojo , c'est terrible , vous n'êtes absolument pas ici et maintenant !!! " tu étais peinard avec Houang-Po et là , tu te dis " m......, à tous les coups c'est les miennes ..
le grand écart sans cesse
je suis d'accord avec toi pour le mot " concept " à prendre avec énormément de pincettes dans le zen ou on s'en méfie comme de la peste !! un philosophe ( oui ,oui ! ) a dit " l'homme se sert de concepts pour décrire le monde , il ne réalise pas qu'il décrit seulement sa réalité intérieur " quand on réalise ça , ça calme !! lol !!
belle journée à tous merci aussi à Marylo pour sa délicate attention de partage d'arc en ciel , pont cosmique
gassho

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Re: La couture du kesa

Message par Dagda le Mar 31 Juil 2012 - 21:18

Sincèrement ravi d'avoir contribué à te faire passer une bonne journée Marylo Very Happy Ca me fait plaisir que tu apprécies de lire mes élucubrations! Kiss

Tu sais Gogo an je n'ai pas la prétention de comprendre quoique se soit à quoique se soit! Je raconte les choses comme je les ressent, je n'ai aucune garantie que ce que je raconte soit juste. D'ailleurs quand j'ai commencé la pratique, je me suis rapidement rendu compte que je comprenais de moins en moins ce qu'était le Zen... Par contre au fur et à mesure je me comprenais un peu mieux moi-même Very Happy

Haha oui ces fameux kusens!! Very Happy Ca commence par "Dans le sutra de l'estrade, Huineng à dit..." et ça finit par "...inadmissible qu'un bodhisattva pose son rakusu à l'envers sur l'étagère!!!!" Ce moment où tout le monde commence à comprendre qu'il y en a qui vas ramasser... Et bien sûr tout de suite la question "affraid Est-ce que c'est moi? Ha merde j'ai pas fait gaffe du tout tout à l'heure..."

Oui bien sûr qu'on ressent la susceptibilité. Mais c'est un reproche qui n'est en rien dégradant, il est fait avec compassion même si parfois la forme n'est pas des plus arrondies... Laughing Et cette susceptibilité c'est celle de l'égo qui cherche à se justifier, se défendre plutôt que d'admettre tout de suite "J'ai fait une connerie, je m'en sert pour approfondir ma pratique."

(Oui parce que pour ceux qui connaissent pas l'ambiance dans les dojos, des fois ça "gueule" pas mal lol Disons que tout les moyens sont bons pour que les pratiquants se remettent en question et abandonnent leurs habitudes mentales...)

Et c'est des moments géniaux... une fois que notre petit amour propre s'en est remis Wink
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Re: La couture du kesa

Message par gogo an le Mer 1 Aoû 2012 - 10:16

cool de te lire au matin Dagda !
encore une fois le ressenti est le plus important , l'humour aussi ..( côté ensoleillé de la lucidité ) .la compréhension qu'il n'y a rien à comprendre est la seule ...avec celle de s'étudier soi même !!
l'idéal du zen est de ne pas laisser de traces ( le contraire de notre conditionnement ...) on parle alors de la Voie de l'oiseau ou du poisson , animaux complètement en harmonie avec leur milieu , sans empreinte . dans le même ordre on désigne au Japon les moines zen par Unsui qui veut dire nuages et eau , insaisissables ...
allez , je ne peux pas résister à citer Dogen , que tu as déjà cité par ailleurs ( il s'éveille suite aux coups de pompes pris par son voisin de méditation ... cyclops )
- étudier la voie , c'est s'étudier soi même
- s'étudier soi même c'est s'oublier soi même
- s'oublier soi même , c'est être reconnu par toutes les existences !!
tout zazen est dedans ! que reste t il lorsqu'on s'oublie ? et ben tout justement !!
pour ceux que ça interesse , il y a 2 vidéos en ligne sur le site de l'AZI ( Assoc;Zen Intern.) aller dans vidéothèque puis " dogen , un maître pour aujourd'hui " . ces vidéos ont été tournées à la Gendronnière près de Blois , temple principal de l'école Zen Soto pour l'Europe .( j'y vais après demain ...grande Joie !!..)
vous aurez les commentaires de Dogen par les maîtres actuels ( je préfère ne pas m'y aventurer ...) plus un aperçu de la pratique du zen au temple , 2 en 1 rien que pour vous !
Quand Deshimaru est venu apporter le zen en Europe , on lui a demandé ce qu'il venait faire ici ! il a répondu " je viens aider Dieu " ( il connaissait très bien le christianisme )....stupeur ..il se prend pour qui ? à la question qu'est ce que le zen , il a répondu " c'est la religion d'avant les religions " ... ouh la la !! prétentieux va !!
il faut dire en plus qu'à l'époque ( fin des années 70 ) , l'ambiance dans la sangha c'était plus de l'hédonisme libertaire que de la spiritualité assumée ! ...c'était pas gagné !!
comme tu dis , abandonner ses habitudes mentales ....pas facile du tout , du tout !!
sans zazen , impossible d'ailleurs , l'égo n'a aucune envie de se saborder de lui même , faut pas réver ! mais quelle Joie quand ça arrive , poser enfin ces valises qui pèsent ...ça repose vraiment ...
allez , il fait super beau au fin fond de mon Auvergne profonde , un petit mondo célèbre ( question réponse entre maître et disciple ) pour la route !
Basho , maître zen et poète, s'était retiré dans un ermitage depuis quelques temps et reçoit la visite de son maître ( j'ai zappé son nom ) qui lui demande :
- alors , qu'avez vous approfondi depuis que vous êtes ici ?
il lui montre la mousse sur laquelle il est assis et répond:
- la mousse est d'un si beau vert !
le maître , enchanté par la réponse , s'en va rassuré . il retourne le voir quelques mois plus tard et lui repose la même question et Baso répond :
- la mousse est si verte qu'on a l'impression que l'on peut se teindre les doigts en la touchant !!
le maître , totalement impressionné par la réponse de Baso ( débarrassé de son égo et en harmonie parfaite avec la nature ) ne répond pas et tous 2 restent silencieux ,en parfaite harmonie , I shin den shin . ( je réalise que c'est la même histoire que la fleur avec Bouddha et Mahakasyapa : une transmission en dehors des mots )
à ce moment là , une grenouille saute dans l'eau et emplit le silence ...
et Basho compose alors un haiku ( qui deviendra son plus célèbre mais on ignore souvent l'origine )
" le vieil étang
la grenouille saute
plouf "
j'aime beaucoup cette extrème attention ! lol !!
belle journée à tous

gogo an

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Re: La couture du kesa

Message par lola83 le Jeu 2 Aoû 2012 - 10:39

j'aime bien les haikus ! Very Happy
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Re: La couture du kesa

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