Du christianisme au bouddhisme : mon parcours du coeur

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Du christianisme au bouddhisme : mon parcours du coeur

Message par Farel le Sam 14 Déc 2013 - 8:20

Le cœur des pèlerins d’Emmaüs


Quoi de plus classique et de connu de nous tous que l’épisode des disciples d’Emmaüs, qui est proposé à notre médiation aujourd’hui ? Un récit simple, presque une parabole, en deux temps :
1) En le rencontrant sur leur chemin de retour de Jérusalem à Emmaüs, Cléophas et son compagnon ne reconnaissent pas Jésus ressuscité qui leur explique la signification profonde des évènements de Pâques auxquels ils viennent d’être mêlés.
2) Après le geste symbolique de la fraction du pain par ce même Jésus, tout se renverse, les disciples se rendent compte qu’ils sont avec lui, mais il disparaît et Cléophas et son compagnon retournent à Jérusalem rejoindre les autres disciples.
Dans la première phase, les deux disciples semblent souffrir d’un aveuglement inexplicable que Jésus va s’efforcer de faire disparaître. Et les efforts du Christ sont vraiment vigoureux, avec, au verset 25, des mots qui nous paraissent à la limite de l’insulte :
« Hommes sans intelligence, et dont le cœur est lent à croire tout ce qu’ont dit les prophètes ! »
Ceci est la formulation de la traduction Segond de notre bible réformée de 1978. Frappé par la violence verbale de cette formulation de l’invective de Jésus, je suis allé voir dans d’autres traductions si je retrouvais cette même expression du verset 25. Voici ce qu’a donné cette recherche :
• la TOB : « Esprits sans intelligence, cœurs lents à croire ce qu’ont déclaré les prophètes »
• Chouraqui : « Insensés, cœurs lents à adhérer à ce que disent les inspirés »
• Français courant dans l’interlinéaire : « Gens sans intelligence, que vous êtes lents à croire tout ce qu’ont annoncé les prophètes »
• Traduction littérale du grec dans l’interlinéaire : « O sans intelligence et lents de cœur à croire tout ce que dirent les prophètes »

Nous arrêterons là notre passage en revue des traductions, exercice à la longue fastidieux. Je ne sais pas si cela vous a intrigué, mais en comparant ces différentes traductions, quelque chose m’a frappé. Quelque chose que j’ai d’abords attribué à la différence culturelle entre notre époque et celle de la rédaction du texte. Ce qui a attiré mon attention, c’est la permanence, dans cette phrase de Jésus, de l’utilisation mot cœur, pour désigner ce qui semble être l’organe de la compréhension. Le terme grec utilisé par Luc est bien kardia, et se traduit bien par cœur. Et, comme nous venons de la voir, toutes les traductions, sauf la plus contemporaine, utilisent le mot cœur.
Ayant fait cette constatation, je me suis d’abords dit : « c’est normal, dans le Proche-Orient antique, depuis les Egyptiens, le cœur est considéré comme le siège de l’intelligence ». Par contre, dans notre univers mental d’occidentaux du début du XXI° siècle, l’organe de la compréhension, c’est le cerveau.
Dans la vision positiviste de l’Etre humain, le cœur est l’organe de la vie, celui qui sert à irriguer et nourrir notre corps, mais qui n’a aucune fonction intellectuelle. Puis, je me suis souvenu d’une lecture récente, celle de cet ouvrage d’un médecin et psychiatre, David Servan Schreiber, intitulé Guérir. Le second et le troisième chapitre de cet ouvrage sont consacrés à l’importance du cœur dans notre système psychique. L’auteur qualifie le cœur de « cerveau des émotions ». Il place en exergue de ces chapitres sur le cœur une citation du Petit Prince de Saint-Exupéry, que je vous livre ici :
Adieu, dit le renard. Voici mon secret.
Il est très simple, on ne voit bien qu’avec le cœur.
L’essentiel est invisible pour les yeux


Nous pouvons également dérouler la liste des expressions populaires comme l’intelligence du cœur, le cœur lourd, le cœur brisé,  etc… Force est de constater que sur cette importance du cœur pour comprendre, se rejoignent la science moderne, le bon sens populaire et la tradition biblique, en particulier dans ce récit des disciples d’Emmaüs auquel nous revenons maintenant.

Donc, pour Jésus, les coeurs de Cléophas et son compagnon sont lents à comprendre. Que faut-il penser de cette assertion du Christ ? Que les disciples d’Emmaüs sont des idiots ? Qu’ils ne connaissent pas les textes bibliques et que cette ignorance les empêche de reconnaître, en leur compagnon de voyage inattendu, Jésus ressuscité. Non, car même lorsque celui-ci, en cheminant, leur a expliqué la signification de l’écriture à son égard, ils ne comprennent toujours pas et ne le reconnaissent pas.
Cette idée de cœur lent à comprendre m’a renvoyé à un autre texte du Nouveau testament, celui de la parabole du semeur. En effet, j’ai fait le rapprochement entre le cœur lent à comprendre des disciples d’Emmaüs et, dans la parabole du semeur, la terre pleine de cailloux ou de ronces, qui ne peut pas faire fructifier le grain de la parole divine. Je me suis donc reporté aux trois versions de cette parabole dans les évangiles.
Dans Mathieu 13, 1 – 22, pour expliquer sa parabole, Jésus cite aux versets 14 et 15 un fragment d’Esaïe, que je vous livre ici :
Vous entendrez bien et vous ne comprendrez point
Vous regarderez bien et vous ne verrez point
Car le cœur de ce peuple est devenu insensible ;
Ils se sont bouchés les oreilles et ils ont fermé les yeux
De peur de voir de leurs yeux, d’entendre de leurs oreilles
De comprendre de leur cœur
Et de se convertir de peur que je les guérisse.


Constatons une fois encore que le cœur est en quelque sorte chargé de comprendre. La version de la parabole dans Luc 8, 4 – 15, se termine par cette phrase :
Ce qui est de la bonne terre, ce sont ceux qui entendent la parole avec un cœur bon et honnête, la retiennent et portent du fruit par la persévérance.

La persévérance, voilà une notion fondamentale pour le chrétien. C’est par la persévérance que la terre porte du fruit. C’est par la persévérance que la bonne terre est débarrassée des pierres et des ronces qui l’empêchent d’accueillir et de faire fructifier la parole divine. Pour un agriculteur ou un jardinier, cette persévérance se traduit par un travail constant de la terre. Et en quoi consiste ce travail ? A constamment ouvrir la terre avec un outil, à casser, à rompre la surface trop sèche et trop dure, qui forme une croûte.
Que fait Jésus au repas avec les disciples d’Emmaüs, il rompt le pain, il casse la croûte. Ce n’est qu’après cette rupture symbolique que sa parole pénètre le cœur des disciples, comme le grain pénètre la bonne terre dont la croûte a été rompue.
Ne venons-nous pas de chanter au cantique 232 :
Ta parole est blessure, qui nous ouvre le jour
Ta parole est semence qui promet la moisson


Tel le grain qui dans la terre ouverte a fructifié et produit un bel épi, la parole divine, si notre cœur est ouvert, produira sa moisson, car comme le déclare Jésus dans Mathieu 12, 34 : C’est de l’abondance du cœur que la bouche parle.
Comme les disciples d’Emmaüs, qui s’en sont retournés vers les leurs à Jérusalem, allons vers nos frères et « à cœur ouvert », continuons le travail de rupture, d’ouverture pour que la parole soit semée dans les cœurs et porte sa moisson. Pour cela, le Seigneur nous a fait, dans Ezéchiel 36, 26, une promesse :
Je vous donnerai un cœur nouveau et je mettrai en vous un esprit nouveau ;
J’ôterais de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair

Amen
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Re: Du christianisme au bouddhisme : mon parcours du coeur

Message par ananie le Dim 15 Déc 2013 - 15:41

A propos du cœur comme siège de la compréhension :

Swami Satyananda, qui reprend la tradition hindouiste au sujet des chakras, présente le centre du cœur comme le siège de l'Amour mais aussi des pensées et émotions.

Dans la médecine chinoise, le centre énergétique du cœur est aussi celui qui gère les pensées et émotions.

De même, Jésus présente le cœur comme l'origine des bonnes et mauvaises pensées.

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